dimanche, 06 juin 2004

8. Commémoration (Estonie)

Je suis à l'aéroport où toutes les télévisions diffusent en direct la cérémonie du 60em anniversaire du débarquement du 6 juin 1944. Durant tout ce voyage, je n'ai raté aucun musée qui retrace l'invasion nazie puis soviétique. La lecture des événements pour ces pays est plus accès sur le pacte Germano-soviétique, élément déterminant de la deuxième guerre mondiale, selon eux. Ces trois pays ont chacun conservé les vestiges des prisons du KGB où sont gardés de nombreux témoignages de ceux qui ont été déportés en Sibérie et oubliés de l'histoire aujourd'hui.

 

Mes photos des Pays Baltes

samedi, 05 juin 2004

7. Peace and Love (Estonie)

Argent, dépenser, frimer... Ces trois pays Baltes sortis fraîchement du communiste il y a une douzaine d'année veulent rattraper leur retard en matière de consommation. Tout y est possible, défilé de Mercedes et Jaguars non-stop d'un côté, et de l'autre, vieilles femmes qui fouillent les poubelles, attifées d'un foulard sur les cheveux, mendiant une pièce au coin d'une rue et remplissant les églises pour un sort meilleur... Je termine mon voyage à Tallinn où se déroule une grande manifestation durant trois jours. La jeunesse s'y exprime et prend le relais des valeurs que nous défendions à mon époque. Elle milite contre la guerre, de grandes affiches son brandies, des tracts distribués, une seule phrase Make Money, not War. J'ai comme l'impression qu'une génération est passée...

 

dimanche, 30 mai 2004

6. L'hébergement à Riga (Lettonie)

Je suis à l'office de tourisme de la station d'autobus de Riga où depuis son entrée dans l'Europe, les prix déjà très chers des hôtels ont doublé ces trois derniers mois. J'ai le choix entre payer une fortune au centre ou loger dans la banlieue... ou bien, me suggère l'employée de l'office de tourisme, dormir ici au premier étage de la gare des autobus. Allez voir, si cela ne vous convient pas, redescendez me voir. J'y vais. C'est tout neuf, un bel édredon blanc à coeurs rouges dans une chambre étroite et fonctionnelle. Location pour 6, 12 ou 24 heures, je prends une nuit. J'en prendrai cinq par la suite, soit tout mon séjour. Je découvre qu'une fois adopté, le lieu n'a que des avantages. J'ai tout sur place, les bus où je n'ai qu'à descendre, les trains de banlieue, la gare est en face, l'office de tourisme, la banque, le café Internet en bas des escaliers.
La troisième nuit, alerte à la bombe à 4 heures du matin. On évacue la station. Nous sommes une dizaine dehors, il y a principalement ceux qui dormaient sur les bancs, je suis le seul à avoir un lit. On attend, on grelotte, on se regarde. Le jour suivant, je reconnais certains d'entres-eux, parmi la foule des voyageurs. La station d'autobus a fini par devenir mon chez moi à Riga.

 

 

vendredi, 28 mai 2004

5. Les interrupteurs (Lettonie)

Personne dans les musées! Vraiment personne. Alors lorsque je rentre dans l'un d'eux, le même cérémonial se répète : un léger affolement de la caissière qui cherche ses billets, puis après, l'éclairage du musée. En effet par soucis d'économie, les lumières sont éteintes. Toutefois, différentes variantes s'offrent à moi : soit c'est moi qui allume et éteins derrière mon passage, soit c'est le gardien qui s'en charge. Jusque là, rien d'extraordinaire. Mais parfois, bien qu'il y ait un gardien, ce dernier ne bouge pas. Il reste là dans la pénombre. Il me voit donc allumer moi-même et éteindre. Mais mieux encore, il arrive que le jeu ne soit pas clair entre celui qui doit (ou qui a le droit) d'ouvrir et de fermer les lumières. On ne va pas jusqu'à s'interposer mais... Je rentre dans une salle obscure, j'allume, j'en ressors, j'éteins et aussitôt, voilà qu'on se précipite pour rallumer. Dans une autre salle, une seule lampe fonctionne. J'en allume une seconde pour mieux voir et aussitôt arrive le gardien, sa main est sur l'interrupteur et s'abattra brutalement au moment où mes yeux se détourneront de l'objet éclairé. Aucun mot ni regard ne sont échangés mais s'instaure un véritable jeu de pouvoir sur les interrupteurs...

 

jeudi, 27 mai 2004

4. Problèmes d'accents (Lettonie)

Plus de nouvelles, il en faut parfois si peu... Là, ce sont trois alphabets qui cohabitaient ensemble sur le même clavier des ordinateurs des cafés Internet de Lettonie... Quant il y a autant de caractères en si peu d'espace, les petites singularités de chaque langue tendent à disparaître. Donc les 25 lettres de mon alphabet y étaient, mais les e, les u, les o ou les i ne pouvaient s'ornementer d'accents graves, aigus ou circonflexes... Maniaquerie de l'écriture ou d'informaticien ? Les accents sont à présent revenus...

 

mercredi, 19 mai 2004

3. La vieille dame (Lithuanie)

Il me fallait une ville en retard, ignorée des guides touristiques, continuant sa vie sans trop se soucier de son aspect extérieur. J'allais donc à Kaunas, deuxième ville après Vilnius. Elle semblait immédiatement appartenir à un autre pays. Je voulais loger chez l'habitant et plus encore, une maison d'avant guerre. On m'en trouva une, avec comme hôte une vieille dame. La différence avec un hôtel sera importante, me prévient-on, Cette dame habite là depuis plus de 50 ans... Plus je sens la gêne de l'employée de l'office de tourisme, plus cela confirme mon choix. L'adresse m'est donc donnée et l'on me précise qu'elle me guettera depuis sa fenêtre. A quoi bon me guetter ? pensais-je, je me rends à l'adresse, le 30 rue ... appartement 7.
Je suis au 30, les appartements y sont tous sauf le 7. Quelqu'un passe, j'interroge. Nous cherchons. Une dame de la maison sort, elle saura. Oui, elle sait, elle sourit et nous accompagne au 32. C'est que ma locatrice est la plus ancienne de la maison et à l'époque, son immeuble était le 30, mais depuis 20 ans, il est devenu le 32 et notre vieille dame n'a jamais accepté cette renumérotation. Tous ses voisins de palier sont au 32, il n'y a qu'elle qui perpétue le numéro 30. Par chance, il n'y a pas d'appartement numéro 7 au 30. Elle raconte le pourquoi du numéro 30 en lithuanien, cela m'est traduit. Puis j'entre dans le couloir où une forte odeur de soupe imprégnée, puis le chat de la voisine et enfin l'appartement au deuxième. L'on me montre comment fonctionne la douche qui sert en même temps à alimenter le lavabo et la baignoire, le bouton de la chasse d'eau qui fonctionne quand on connaît le petit truc, le chat de la voisine qu'il ne faut pas laisser rentrer, le frigo soviétique dont il faut pousser fort la porte et la rouvrir, puis la repousser d'un petit coup sec, autrement, cela vibre, etc...



 

mardi, 18 mai 2004

2. Panerai (Lithuanie)

Cent mille personnes furent massacrées entre 1941 et 1944 dans le camp de la mort de Panerai à 10 Kms de Vilnius. Je me rends à la gare pour prendre le train et aller sur les lieux. Au guichet, l'employée me questionne en lithuanien. Mais que veut-elle ? Tout est pourtant clair, un billet pour Panerai. Un monsieur me fait la traduction Il n'y a pas de gare à Panerai, est-ce que vous désirez acheter aussi le billet de retour, car dans le train vous payerez une surtaxe. Je prends donc le retour. Le premier arrêt me semble à une bonne dizaine de kilomètres. Pas d'indication. Je demande, c'est là. Des wagons citernes de partout, trois à quatre maisons délabrées type soviétiques, quelques vielles maisons en bois, un bloc grillagé qui laisse deviner une épicerie, me voilà à Panerai. Pas de poteau indicateur pour donner la direction du lieu. Je questionne quelques personnes, mais toutes ne parlent que du lithuanien. Une jeune fille... peut-être trois mots d'anglais... Oui, elle devine vite ce qu'un touriste peut venir voir ici. La direction m'est donnée, tout droit puis à gauche. Mais je rencontre plusieurs chemins qui partent à gauche, lequel ? J'en prends un, je rencontre un homme. Non, ce n'est pas le bon, je retourne. Plus loin à gauche. Je continue, nouvelle rencontre. Un homme et son chien avec une muselière d'acier. Tout droit me montre-t-il, mais pas tourner à gauche. Tout droit. Et son chien d'aboyer comme pour confirmer les dires de son maître... J'y suis. C'était vrai, c'était tout droit mais comme la route tournait naturellement à gauche, on avait cru que sans m'indiquer de tourner, j'aurais continué ma trajectoire dans les buissons et la forêt... Etrange logique. Sur place, il n'y a rien, juste une petite baraque. Un homme accourt de nul part. C'est le gardien du site, il m'ouvre la baraque. Une pièce d'exposition qui relate ce qui s'est passé là. Quatre vitrines, des objets, des photos, des témoignages. Je ressors, il n'y a que de grands arbres, des trous et des monticules de terre. Cent mille personnes sous terre, là... Je suis frappé par l'herbe d'un vert phosphorescent qui recouvre ces morts. Me vient Le Dormeur du val de Rimbaud, je ne saurais dire pourquoi. Cette herbe est irréelle. Je retourne à la baraque et je lis des comptes rendus. On débarque ici, on creuse, on se déshabille, ensuite la fusillade et on rebouche. A plusieurs reprises, on évoque l'allé simple à Panerai et la question de la gare ce matin me revient Voulez-vous le billet de retour ?...

 

lundi, 17 mai 2004

1. Tout neuf (Lithuanie)

Trop tard ! Il fallait y aller avant ! Avant l'an 2000, se dépêcher pour goûter au charme qui allait disparaître... Et oui, Vilnius gomme son passé, plus une ride, peau neuve ! Il y a des degrés dans le lifting d'une ville, j'en compte grosso modo trois. La restauration où sont de rigueur le respect du passé et l'histoire, donc le soucis de la juste mesure. Un degré au dessous, c'est l'heureux mariage entre l'ancien et le nouveau, fait avec goût et subtilité. Enfin, et Vilnius en est à ce degrés-là, la remise à neuf tout beau et tout clinquant. Le vieux quartier juif au passé très chargé est tout neuf, comme un décor de cinéma hollywoodien ! Et il est toujours montré avec fierté ! En excursion dans un petit village des environs, j'ai pu me délecter avec de l'ancien qui est resté vieux, quelle saveur ! Je n'ai pas tous les éléments du puzzle pour émettre un jugement, du moins le poids d'une quarantaine d'années de soviétisation qui peut donner l'envie de changer de décor... Mais que va-t-on montrer aux touristes maintenant ?