mercredi, 17 avril 2002

13. Le retour

Je suis à Genève à présent. Quand je repense à ces messages, ils étaient le cordon ombilical entre une terre lointaine où je me trouvais et mes racines, mes amis. Je revois ces cafés Internet indiens très précaires où les pannes de courant nous plongeaient subitement dans le noir complet; alors, quelques shit ! ou l'équivalent d'un merde ! indien sortaient de ceux qui venaient de perdre le texte de leur message et d'autres se sentaient au contraire les élus d'une chance d'avoir envoyé leur message juste quelques secondes avant la coupure; je me revois à Bénarès où des bougies avaient été allumées pour nous éclairer, nous, hébétés devant nos écrans d'ordinateur inertes, juste le meuglement d'une vache... Nous étions subitement retombés des années lumières en arrière pour notre plus grand bonheur...

Mes photos d'Inde du nord

samedi, 13 avril 2002

12. Les Sikhs

Lorsque j'étais enfant, j'appelais les Indiens des Indes les hindous et je les voyais avec un turban, une barbe et un éléphant dans les environs. Dans les années 50-60, c'était souvent comme cela que l'on représentait les habitants des Indes. Mis à part l'éléphant, les hindous de mon enfance n'étaient autre que ...des sikhs. J'ai aujourd'hui une prédilection pour eux. Avec leur turban, digne et noble, ils ont l'air de sortir tout droit d'une peinture ancienne.

Je suis aujourd'hui dans l'endroit le plus sacré des sikhs : Gurudwara Sis Ganj à Delhi. Chaque jour la communauté sikhe offre à manger à 30'000 personnes. Je visite l'endroit. Les cuisines sont impressionnantes, un fourmillement d'activité régie par une organisation intelligente et efficace. Mille sikhs oeuvrent dans ce lieu, tous bénévoles. Les repas sont donnés à tous, sans aucune distinction. L'invité est assis sur de longues nattes, un plateau à la main. La nourriture est offerte généreusement, le geste a beaucoup d'élégance. Si un jour vous me voyez avec un turban, converti au sikhisme, vous repenserez à ce que je vous écrivais...

vendredi, 12 avril 2002

11. Un concert un soir

Je sorts d'un concert de musique classique donné dans une cité universitaire située dans la banlieue sud de Delhi. Mon hôtel est à l'opposé, dans la banlieue nord de la ville. Il est 10 heures du soir, je décide de prendre un autobus pour me rapprocher du centre, puis un taxi. J'ai un plan sommaire et une boussole. Je marche vers le nord, puis je saute dans un bus bondé. Mais quand j'annonce quelques directions connues du nord, le receveur me dit non... néanmoins, il me donne un ticket. Le bus roule à vive allure, il y a de la musique, seulement des hommes, nous sommes entassés comme des sardines. Discret coup d'oeil sur ma boussole et mon plan. Nous roulons plein nord, puis à l'ouest et soudain nous piquons plein sud. Le receveur me dit quelque chose, qui doit être descendez ici !. Je descends, traverse pour reprendre un autobus qui va en direction du nord, mais lequel ? A l'arrêt, un vieil homme à qui je dis un endroit près de mon hôtel me répond 73. Beaucoup de numéros passent, j'ai un doute, aurais-je mal compris ?... mais pour finir un 73 arrive, je saute dedans puis vérification faite auprès du receveur : c'est bon ! Nous traversons tout Delhi by night en trombe, ça vibre, ça se bouscule, la musique est endiablée, ça s'interpelle... J'ai déjà presque oublié le concert classique que j'étais venu écouter...

jeudi, 11 avril 2002

10. L'hôpital pour oiseaux

Je suis à l'hôpital pour oiseaux, en plein centre de Delhi. Un grand bâtiment rouge de trois étages. Pour l'oiseau, cela fonctionne ainsi: il arrive aux admissions, il a sa petite cage à lui durant toute la période des soins. Une fois remis sur pattes, il est transféré dans la grande cage des oiseaux convalescents; là, ça sautille et piaille, et dernière étape... la liberté. "Chez nous, certains oiseaux se refont un magnifique plumage" nous explique le docteur. J'ai vu un paon salement mordu par un chien, pratiquement plus de queue, des pigeons déplumés dans des états déplorables, des poulets boiteux, etc. Bref, deux étages de volatiles en tout genre en quête de guérison. L'hôpital a été crée par les bons soins des religieux jaïnistes, il est attenant à leur temple.

mercredi, 10 avril 2002

9. Le niveau de vie

Je suis à Delhi et je rencontre Kabeer, un professeur de français Indien qui souhaite parler français, histoire de pratiquer. Il est lucide sur la situation en Inde mais idyllique sur celle de l'Europe, dont il rêve de s'installer. Nous en arrivons vite à parler du quotidien. Il est difficile d'établir des comparaisons. On fait un repas pour 6 francs français ou 1 €. D'ailleurs depuis le début de mon voyage, je rencontre des anglo-saxons qui ont élu domicile en Inde et passent des jours tranquilles. J'ignore ce qu'ils font de leur temps, je les croise souvent dans les cafés Internet. A Calcutta, ils ne sortaient pratiquement pas du quartier. Kabeer me donne quelques points de repères : un salaire moyen est de 280 francs français, un bon salaire est de 2100 francs français et un loyer moyen à Delhi est de 700 francs français. L'avantage de notre monnaie est quelquefois indécent...


mardi, 09 avril 2002

8. Le labyrinthe

Je suis dans un très vieux palais de Gwalior qui domine la ville. Il n'y a personne et j'ai refusé les services des guides qui s'offraient à l'entrée (leur présence et leurs explications tuent l'atmosphère). Je parcours seul les pièces qui communiquent par de petits passages obscurs, un vrai labyrinthe. Impossible de trouver les escaliers qui descendent aux trois niveaux inférieurs, comme il est écrit dans mon guide. Je cherche, cherche encore, je ne fais plus que cela, je connais à présent la distribution des pièces par coeur, mais toujours pas d'escalier. Impossible, je ne trouverai pas, me dis-je. Arrive un groupe d'Indiens, menés par un guide. Dommage, mais je sens que je vais tricher. Je les suis. Ce sont des indiens âgés, vêtus de façon traditionnelle, ils sont dans le ton du palais et lui donnent vie. Nous passons dans un passage obscur qui mène à une autre pièce, passage que j'avais déjà emprunté à plusieurs reprises, et là, dans un faux renfoncement, on peut contourner un mur caché dans l'obscurité derrière lequel descendent les escaliers. Il faut une torche électrique. Aussi secret qu'un tombeau égyptien. Le guide épate le groupe en dévoilant le chemin. Je me donne une deuxième petite chance en ne les suivant pas plus loin. Je sais à présent où est l'orifice et j'attends que le groupe remonte. Puis je m'enfonce dans les escaliers. A présent, le palais n'a plus de secret, je monte, descends, remonte durant plus de deux heures, seul et totalement imprégné du lieu.

lundi, 08 avril 2002

7. Petites mendiantes

Une jeune mendiante, un bébé sur les bras, m'accoste. Baby, baby ! me dit-elle. Et, poursuit-elle Je ne veux pas d'argent ! et elle insiste. Mais que veut-elle donc, alors ? Milk, milk ! en me tendant un biberon. Et elle m'amène de ce pas dans la petite échoppe juste en face. Bon, c'est le moment de tester ma fibre paternelle... du lait pour le biberon... Le marchand me fait comprendre que c'est du lait en poudre. Un gros paquet me dit la petite mendiante pour nourrir le bébé pendant un mois. On me met le paquet dans les mains (c'est tout écrit en indien). Je me fais répéter le prix, 300 roupilles (l'équivalent de 40 frs français). Je ne voyais pas ça si cher... Sans m'en rendre compte, un cercle s'était formé autour de moi et plusieurs petites mendiantes, d'une main leur bébé, de l'autre un biberon... Je ne tarde pas à comprendre... Je leur parle alors de la notion de partage J'achète la grande boite pour tous les bébés mais je ne me sens pas compris. Finalement, j'achète la boite pour la petite mendiante et rentre à l'hôtel avec un cortège de petites mendiantes suppliantes, leur biberon vide revendicateur pointé sous mon nez. Le gardien de l'hôtel m'a bien été utile...

dimanche, 07 avril 2002

6. Mes sous-locataires

Derniers instants à l'hôtel de Bénarès, je regarde ma chambre où je devais avoir deux à trois cents sous-locataires : des fourmis besogneuses, des petites bêtes très longues avec des ailes, toujours immobiles, des coccinelles indiennes rouges mais sans point noir, etc. Le soir venu, cela faisait beaucoup de monde sur mon lit, et d'un grand coup de main, j'envoyais tout ce petit monde par terre... Très respectueuse du territoire, les petites bêtes attendaient le lendemain pour remonter sur le lit.

J'achète un de ces rasoirs en plastique jetable dans le genre Gillette ou Bic, et je vois une marque indienne SuperMax avec une étiquette où il est écrit whith tea-tree oil and Vitamin E... Je n'hésite pas, j'achète celui-là...

samedi, 06 avril 2002

5. Le cerf-volant

Je suis au bord du Gange. Soudain, des cris, un affolement, il vient de se passer quelque chose. Quoi ? Je ne le sais pas encore. Je regarde les regards, ils pointent en l'air. Ca y est, c'est ça : les fils de deux cerfs-volants se sont croisés en plein ciel. Je m'attendais à pire ! Tous les regards sont fixés sur le noeud. Le plus expérimenté des deux pilotes se livre alors à un démêlage céleste des deux fils. Chacun suit la périlleuse manoeuvre. Réussie ! Les deux cerfs-volants virevoltent dans le ciel. On a eu chaud !

Autre endroit, le lendemain un touriste américain, la soixantaine, s'est acheté un cerf-volant et tente de le faire voler. Il est patient, méthodique, scientifique. On le voit observer la direction du vent, réfléchir sur les lois qui font évoluer un cerf-volant en l'air, tout en observant du coin de l'oeil comment font les Indiens. Je l'observe moi-même durant les dix à quinze essais infructueux. Son cerf-volant s'écrase aussitôt. Il y a bien eu une petite envolée, mais il est retombé sur un chien. Sa femme, qui s'aperçoit des regards amusés des indiens décide de lui prêter main forte. Ils s'y mettent à deux : elle tient le cerf-volant tandis qu'il tire sur le fil. Le cerf-volant s'élève... mais retombe subitement sur sa femme qui l'évite de justesse. Rire amusé des Indiens, le couple repart avec son cerf-volant sous le bras.

jeudi, 04 avril 2002

4. Bénarès et les singes

Bénarès est privé d'électricité une bonne partie du temps, suite à l'explosion du transformateur électrique de la ville il y a 5 jours. Déjà sacrée et magique, cette ville est forcée de s'éclairer à la bougie. Surcroît de romantisme, pourrait-on dire, mais pour le quotidien, plus de frigo, plus d'ordinateur (un coup qui déboussole les internautes...), plus d'air conditionné. Il serait possible d'ouvrir toutes grandes les fenêtres, mais personne ne s'y risquerait à Bénarès : les hordes de singes qui circulent sur les toits essayent d'entrer par n'importe quel orifice et s'ils y arrivent, c'est le saccage, le vol. Je me suis fait piquer ma bouteille d'eau, mon voisin sa brosse à dents, le Japonais d'en dessous, son sac... un fléau, ces singes... Les vaches, c'est moins agile, bien qu'elles abusent de leur statut de sacré pour se vautrer de tout leur long dans les ruelles étroites de la vielle ville. Parfois, impossible de passer, coups de cornes fréquents. A Calcutta, les chiens hurlaient à 3 heures du matin et les oiseaux reprenaient le relais à 5 heures...

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