samedi, 03 mai 2003

11. Le ciel

Le ciel est exceptionnel au Chili, de jour comme de nuit et ne pas l'avoir suffisamment regardé aurait été dommage pour celui qui découvre le pays. En effet, on ne sait pas comment font les Chiliens pour avoir de tels nuages ! La variété des formes, la composition avec laquelle ils s'assemblent entre eux, donne un ciel qui renforce la beauté du paysage. Parfois, juste pour souligner le bleu immaculé, plusieurs nuages s'alignent harmonieusement ou moutonnent en vaguelettes. On ne rencontre jamais un ciel aussi coquet sous nos latitudes. De nuit, ce sont les étoiles, les nébuleuses et la voie lactée que l'on voit briller comme nul part ailleurs. Et ce n'est pas un hasard si vous trouvez des astronomes de rue sur la grande place de Santiago, télescopes pointés vers le ciel, qui pour quelques pesos vous font observer la voûte céleste. Il y a enfin cette profusion d'étoiles filantes plus étincelantes les unes que les autres ! De quoi se faire une belle provision de voeux pour toute l'année avant de rentrer en Europe...

Mes photos du Chili

vendredi, 02 mai 2003

10. Les déserts

Les ombres des pierres faites par le soleil couchant sur le sable sont les mêmes ici dans le désert d'Atacama que dans celui du Sahara que j'avais traversé voici 20 ans. Les mêmes ombres très contrastées, d'une netteté incisive. Le même bruit du vent, la même sécheresse de l'air... Mes sens me ramènent subitement au temps de cette traversée du Sahara. Mais surgit alors et défile en moi 20 ans de ma vie. Y aurait-il comme un gigantesque sablier du temps entre les déserts... où le sable s'écoulerait de l'Afrique jusqu'à l'Amérique du Sud ?

jeudi, 01 mai 2003

9. Excursion en VTT

Le seul moyen de visiter les alentours de mon village, c'est de louer un VTT (Vélo Tout Terrain), ce que je fais. Un plan m'est donné, les chemins y sont tracés mais pas les rivières à traverser. Je butte donc devant la première. Vélo à terre, j'essaye de jauger à l'oeil la profondeur de l'eau, j'hésite. Vient un jeune couple, qui voyant mon embarras, s'élancent avec leur VTT et passent royalement. Pédagogiquement, c'est efficace, j'en fais autant et je passe aussi. Je prends un peu d'assurance... mais je crève. Passe quatre jeunes femmes en VTT, style très sportif si j'en juge la tenue. Elles s'arrêtent. Elles sont québécoises et je les fais rire par ma ressemblance avec leur prof de psycho... Bon... L'une d'elle saisit mon vélo, démonte la roue, la répare en deux temps, trois mouvements... Et une fois fini, ça rigole en me rendant le vélo... J'enfourche mon VTT et en mon fond intérieur, je bénis le prof de psycho à qui je ressemble...

mercredi, 30 avril 2003

8. Mon appareil de photo

Mon appareil de photo a rendu l'âme aujourd'hui après 10 ans de voyage en commun. Pour moi, il était le prolongement de mon oeil et de ma mémoire. C'était à lui que je confiais ma vision du monde pour la montrer à mon entourage. Pour lui, les photos qu'il prenait étaient sa façon toute personnelle d'aimer un pays. Et si nous avions présenté tous deux nos images à un extra-terrestre, nous aurions pu lui dire: Regardez comme notre terre est belle...

mardi, 29 avril 2003

7. Le désert d'Atacama

Je suis dans le bus qui va à San Pedro de Atacama, petit village en plein désert. Sur la route, un paysage grandiose où les gigantesques étendues de sel prennent des teintes beiges, ocre, roses et comme pétrifiées, le sol forme un relief lunaire unique au monde. Au travers des fenêtres, défile ce paysage envoûtant, mais concurrencé par deux petites fenêtres à l'intérieur du bus : la télévision du bus qui fonctionne en continu durant tout le trajet. On y passe des clips de Madonna ou similaires. La route tourne à présent et le soleil pointe maintenant directement sur les écrans. Le reflet gène et machinalement, des voyageurs tirent les rideaux des fenêtres. Le sublime désert disparaît... J'ai envie de couper les fils de cette télé! Je regarde alors les yeux des voyageurs fixés sur l'écran, des visages passifs sans expression. J'enrage. Heureusement, une touriste a été plus vive que moi, elle se lève et ouvre énergiquement les rideaux. Personne ne bronche, mais... La fracture culturelle est là ! Et pourtant Madonna, c'est notre culture pour eux, tout comme cette télé, ce chewing-gum de l'oeil...

lundi, 28 avril 2003

6. Vallée d'Elqui

J'hésitais à aller au fin fond du nord dans cette vallée perdue nommée Elqui. Des montagnes hostiles et caillouteuses dans laquelle se faufile une petite route. Et par contraste, au pied des montagnes, une mince langue de terre très fertile que sillonnent des cours d'eau venus directement de la Cordillère des Andes. Des habitants à l'esprit créatif sont venus s'installer ici. Ils y ont construit eux-mêmes des maisons comme des sculptures où les pièces s'imbriquent étonnamment les unes dans les autres et forment des espaces surprenants. Tout autour, des jardins luxurieux où fleurs, arbres tentaculaires, pelouses grasses jaillissent encerclées par d'innombrables petits cours d'eau et lacs naturels. Une provocation de l'homme face à l'aridité de la nature environnante. Mais qui sont les habitants de cet oasis ? Je suis chez Isabella, qui a bâtit sa maison et façonné son jardin. Elle crée des parfums naturels. Oscar, son compagnon, est peintre. Fransisca travaille la vidéo. Pour ne citer qu'eux...

jeudi, 24 avril 2003

5. Valparaiso

Je savais qu'actuellement il faisait beau à Valparaiso. J'étais hanté à l'idée de découvrir la ville sous la pluie, sachant l'importance de la première impression. Je décidais donc de changer mon itinéraire pour m'y rendre immédiatement. Je fus donc reçu avec un ciel bleu moucheté de petits nuages très hauts que l'on ne voit pas sous nos latitudes. Sous le ciel, il y avait deux villes. La ville basse avec son port et ses bateaux, entourée d'imposants édifices en pierre de taille. Et la ville haute sur les collines, frêle comme de la dentelle, aérienne. C'est dans la ville haute que j'habite. Ma petite chambre possède une fenêtre aussi haute et large que le mur. Cela lui donne une luminosité comme une lumière venue directement du Pacifique. Je vois la baie, le mouvement des bateaux, avec cette sensation d'être suspendu dans le vide. C'est dans la ville basse que je mange. Les restaurants du début du siècle rappellent l'époque du Valparaiso glorieux où flottent à présent mélancolie et histoire du lieu. Et pour passer d'un monde à l'autre, il y a ces dizaines d'ascenseurs, plus que centenaires, qui relient la ville basse à la ville haute, dans le grincement rouillé d'un câble qui s'enroule et se déroule sans fin. J'ai l'impression que pour chaque habitant d'ici, ses tripes sont dans la ville basse et son esprit dans la ville haute.

mardi, 22 avril 2003

4. Les ampoules

A Valdivia, j'habite dans une maison au charme particulier. En effet, elle a subit le plus puissant tremblement de terre jamais enregistré sur la planète, il y a 40 ans. Depuis, le sol penche vertigineusement à certains endroits, les murs sont obliques. Le bois a pris des formes inattendues et les angles droits ont disparu. Néanmoins, les habitants du lieu se sont habitués à sa difformité.

Sur les quatre lampes de ma chambre, il n'y en n'a qu'une qui fonctionne. Je le signale mais je me heurte à la logique des ampoules, logique aussi biscornue que cette maison. En effet, on m'explique que l'on ne change pas une ampoule tant qu'une autre fonctionne dans la même pièce. D'autre part, lorsque toutes les ampoules d'une même pièce ont sauté, on en prend une autre ailleurs. A l'origine, j'avais besoin d'une ampoule pour ma lampe de chevet et le plus sérieusement du monde, l'on me répond de prendre celle du plafonnier... Bon...

Le soir même, c'est l'anniversaire d'une tante qui habite la maison et je suis invité. Un petit cadeau s'impose, mais quoi offrir ? Des fleurs ?... Me vient alors une idée... Mon cadeau sera... des ampoules, vingt quatre très exactement, parce que, empilées dans leur petite boite, cela fait un beau cube qui pourra être emballé dans du papier cadeau. Au magasin, je ne me fais pas comprendre en demandant un emballage cadeau pour mes ampoules... J'achète donc du papier et les emballe moi-même. Le cadeau est effectivement inattendu... mais produit un certain effet. On rit et tout monde se met à changer les ampoules défectueuses. La maison est à présent toute éclairée et la vieille tante à qui j'ai offert ce présent incongru me dit Tu apportes la lumière dans la maison...
Toutefois, la maison paraissait bien plus biscornue, bancale, tordue, profonde et étrange lorsqu'elle n'était éclairée que par quelques ampoules... Et cela ne m'étonnerait pas si après mon départ, on les enlevait pour goûter la pénombre comme ça l'était avant...

vendredi, 18 avril 2003

3. Pablo Neruda

Je suis à l'hôtel Continental à Temuco, le plus vieil hôtel du Chili. On me donne la chambre 9, à l'entrée de laquelle une plaquette mentionne 5 lignes de texte où ressort le nom de Pablo Neruda. Ne lisant pas l'espagnol, je passe distraitement à côté. Mais plus tard, en y prêtant attention, je découvre que ma chambre était celle où Pablo Neruda descendait régulièrement entre 1940 et 1960. Je me souviens de cette commémoration pour sa mort à Genève, j'avais alors 23 ans. Il avait donc vécu dans cette chambre. Mon côté archéologue-inspecteur de police se réveille en moi : qu'est-ce qui date ici de son époque ? Le plus grand poète de l'Amérique Latine a vu de cette chambre ce que je vois là aujourd'hui. L'enquête est ouverte. Ceci est suffisamment vieux pour qu'il l'ai connu... L'insignifiance des détails devient alors émouvante. Le lendemain, je demande Et Pablo Neruda ?... en sous entendant ... puisque vous m'avez donné sa chambre... On me répond Vous êtes poète... J'avais écrit quelques notes sur l'itinéraire de mon voyage dans le hall. Mais ici quelqu'un qui s'affiche en public en écrivant est forcément un poète: le grand homme a laissé des traces, même sur le personnel de l'hôtel. L'on me désigne alors où il écrivait, suivi de quelques anecdotes qui ont traversé le temps...

jeudi, 17 avril 2003

2. Train de nuit

Souvent, l'on veut aller à un endroit, puis on regarde comment y aller. Là, c'était l'inverse, je voulais prendre le train de nuit. Pas n'importe lequel. Celui-ci qui allait à Temuco. Un train des années 1920. Un wagon spacieux tout en bois sobrement marqueté, du velours bleu roi sur les sièges. Des lampes à globe blanc comme on en faisait à l'époque, avec un éclairage très faible. Une usure, une patine du temps qui donne ce surcroît d'authenticité à l'ensemble. Côté vivant, un homme des wagons-lits qui s'appliquait à faire devant nous notre lit avec une attention et une perfection qui donnait envie de déflorer ce lit. Déflorer, car les draps avaient été repliés délicatement en une demie ouverture engageante. A ce stade, l'on sent que le trajet sera plus qu'un simple déplacement d'un lieu à l'autre. A peine je m'enfonçais dans le lit que je ressentais un mœlleux...

Le cliquetis des rails me bercera tout au long de la nuit, et à son rythme, je somnolerai des heures durant. Au petit jour, je tire les rideaux. A même sur la fenêtre, ma tête sur l'oreiller n'a qu'à contempler les arbres qui défilent. Vais-je arriver à quitter ce lit ? Il y a le petit déjeuner qui m'attend dans une salle à manger en boiserie d'époque. Le dilemme. Impossible de bouger jusqu'à ce que j'entende juste en dessus de ma tête, sur le lit supérieur, ma voisine. Elle s'apprête à descendre. J'aperçois à présent son pied nu qui se pose sur le bord de mon lit pour descendre...
C'est quand même autre chose que l'avion, tout cela...

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