jeudi, 30 décembre 2004
5. Khmers rouges
(Ce récit s'est passé avant mon agression)
Je suis à Battambang et je loue les services d'un mototaxi pour aller à Phnom Sampen, en face de la montagne aux Crocodiles, où se trouvent des grottes dans lesquelles les Khmers rouges assassinèrent au moins 10'000 personnes. Il y a aussi un temple bouddhiste. Le chauffeur de mon mototaxi me dit connaître l'endroit. Il faut serpenter à pied dans la forêt pour y accéder, mais je vois bien qu'il ne connaît pas du tout le lieu. Il hésite, cherche. Je lui demande de se renseigner. Il me fait visiter le temple, espérant me satisfaire avec ceci. Mais ce sont les grottes que je suis venu aller voir, je lui le dis et j'insiste pour qu'il se fasse indiquer le chemin. Il essaye de s'y soustraire mais je ne lâche pas.
Nous y sommes enfin. L'atmosphère est très forte, des cages à ossement, des bougies, des reliques, un trou d'où l'on jetait les prisonniers... En regardant les ossements, mon chauffeur a changé. Il est grave, inaccessible et me dit alors que son père, sa mère, sa soeur, ses oncles et ses tantes sont morts là. Je prends alors conscience que c'est moi qui l'ai amené ici, je ne pouvais pas savoir. Il espérait que la visite du temple bouddhiste m'aurait suffi. Nous reprenons sa moto pour Battambang, je pense à lui tout le long du trajet, lui qui a fait un voyage dans le temps autrement plus fort que le mien...
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mardi, 28 décembre 2004
4. Agression
Après avoir bourlingué durant 32 ans à travers le monde sans le moindre problème, je me suis fait sauvagement agressé (il y a de cela une semaine). J'ai souvent fréquenté des quartiers populaires, parfois périphériques, de jour comme de nuit... mais c'est en pleine après-midi dans un sanctuaire bouddhiste d'une calme bourgade, en présence de touristes et de Cambodgiens, que deux jeunes individus surgirent derrière moi et m'assommèrent de très violents coups de bâton qui me firent perdre immédiatement connaissance. Ils me dépouillèrent et s'en fuirent. Un coup de bâton quatre fois moins fort aurait déjà permis de m'assommer, mais peut-être m'aurait épargné d'endommager toutes mes fonctions liées à l'équilibre et à l'ouie. Mon oreille droite est sourde et après une semaine, je commence à réapprendre à marcher. Cette agression me rendra-t-elle désormais craintif ou parano ? C'est une fatalité, elle est arrivée là, maintenant... D'autres découvertes du monde continuent à m'attendrent. Par contre, mon passage successif dans deux hôpitaux publics cambodgiens... là oui, cela m'a fait vraiment peur. Je suis depuis quelques jours dans une clinique privée de Phnom Penh aux normes occidentales avec un personnel soignant compétent.
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lundi, 20 décembre 2004
3. Battambang
Il est un restaurant à Battambang où toutes règles communément établies semblent absentes. Il y règne une simplicité déconcertante. Les enfants de la serveuse sur les tables inoccupées dessinent, d'autres font leurs devoirs scolaires, apprennent à lire. Entre deux commandes, leur mère prend une baguette (celle pour manger) et s'en sert pour montrer un mot à lire, comme le ferait l'instituteur, ou pour donner un petit coup sur les doigts en cas de mauvaise réponse. Une musique plutôt joyeuse en bruit de fond, une sonnerie très stridente pour prévenir qu'un plat est prêt, plat copieux et débordant, apporté par de petits serveurs entre 8 et 15 ans. Le mien doit avoir la dizaine, mais déjà sérieux comme un petit homme. Je vais aux WC, et pour s'essuyer, pas de chichis, c'est le même rouleau de papier rose que celui qui sert de serviette sur les tables.
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jeudi, 16 décembre 2004
2. Mines antipersonnel
Le Cambodge détient le triste record du pays le plus miné au monde. A Siem Reap, Monsieur Aki Ra a fondé le musée des mines antipersonnel. Il avait d'abord été lui-même poseur de mines dans l'armée vietnamienne, puis employé par le gouvernement cambodgien pour le déminage. C'est cela qui lui a donné l'impulsion de créer un musée dénonçant vigoureusement l'usage de mines antipersonnel. Les autorités locales n'ont cessé de lui créer des ennuis, prétextant que son musée donnait une image négative du pays.
De grands panneaux explicatifs décrivent chaque modèle de mines, une bonne trentaine, toutes utilisées au Cambodge. Pour chaque modèle, il y a un exemplaire de la mine, son fonctionnement et sa provenance (USA, Russie, Chine, Vietnam, Bulgarie, Israël, etc.) Mais il y a aussi dans ce musée de très nombreux enfants victimes de ces mines, avec leurs deux béquilles. Ils vous observent lorsque vous regardez les panneaux explicatifs et lorsque vous arrivez à la hauteur de leur mine (celle qui les a amputé), ils viennent vous le dire. On voit ainsi la mine, les explications et le résultat.
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mercredi, 15 décembre 2004
1. Internet
Que ce soit le Guide du Routard ou le Lonely Planet, ces deux guides mentionnent à présent l'adresse e-mail de leurs petites pensions. Pratique. J'en choisis une, mais elle ne me répond pas. Au bout d'une semaine, j'en prends une autre, et là, on me répond que c'est complet. Le temps passe, je m'affole et j'envoie d'un seul coup un mail à cinq pensions, verra bien qui me répondra et qui aura de la place. Personne ne me répond. Une heure avant mon départ, j'en conclue que je verrai sur place comme je l'ai fait durant des années. Quelle n'est pas ma surprise à mon arrivée à l'aéroport de voir une, puis deux, trois et quatre personnes brandir une pancarte avec mon nom. Ils sont là, alors qu'aucun ne m'avait répondu. Croyance absolue dans tout ce qui provient d'Internet ? Aucun d'eux ne sait qu'ils sont quatre à brandir le même nom sur leur pancarte. Je dois vite me décider, je me fie à la plus jolie calligraphie de mon nom. Je choisis, ne disant rien aux autres. Accueil gentil, nous nous dirigeons vers la voiture... voiture, c'est moi qui me l'imagine, car on s'arrête devant une mobylette. J'exprime mon étonnement et mes inquiétudes, je pense en moi-même que les trois autres avaient des pancartes moins jolies, certes, mais peut-être des voitures... Il m'explique qu'il mettra mon sac entre ses genoux... Juste passe une famille à trois sur une mobylette, il me la montre comme pour me dire On a une mobylette que pour nous deux ! Internet ou mobylette, chacun ses idées, on fonce vers la pension...
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