mardi, 18 mai 2004
2. Panerai (Lithuanie)
Cent mille personnes furent massacrées entre 1941 et 1944 dans le camp de la mort de Panerai à 10 Kms de Vilnius. Je me rends à la gare pour prendre le train et aller sur les lieux. Au guichet, l'employée me questionne en lithuanien. Mais que veut-elle ? Tout est pourtant clair, un billet pour Panerai. Un monsieur me fait la traduction Il n'y a pas de gare à Panerai, est-ce que vous désirez acheter aussi le billet de retour, car dans le train vous payerez une surtaxe. Je prends donc le retour. Le premier arrêt me semble à une bonne dizaine de kilomètres. Pas d'indication. Je demande, c'est là. Des wagons citernes de partout, trois à quatre maisons délabrées type soviétiques, quelques vielles maisons en bois, un bloc grillagé qui laisse deviner une épicerie, me voilà à Panerai. Pas de poteau indicateur pour donner la direction du lieu. Je questionne quelques personnes, mais toutes ne parlent que du lithuanien. Une jeune fille... peut-être trois mots d'anglais... Oui, elle devine vite ce qu'un touriste peut venir voir ici. La direction m'est donnée, tout droit puis à gauche. Mais je rencontre plusieurs chemins qui partent à gauche, lequel ? J'en prends un, je rencontre un homme. Non, ce n'est pas le bon, je retourne. Plus loin à gauche. Je continue, nouvelle rencontre. Un homme et son chien avec une muselière d'acier. Tout droit me montre-t-il, mais pas tourner à gauche. Tout droit. Et son chien d'aboyer comme pour confirmer les dires de son maître... J'y suis. C'était vrai, c'était tout droit mais comme la route tournait naturellement à gauche, on avait cru que sans m'indiquer de tourner, j'aurais continué ma trajectoire dans les buissons et la forêt... Etrange logique. Sur place, il n'y a rien, juste une petite baraque. Un homme accourt de nul part. C'est le gardien du site, il m'ouvre la baraque. Une pièce d'exposition qui relate ce qui s'est passé là. Quatre vitrines, des objets, des photos, des témoignages. Je ressors, il n'y a que de grands arbres, des trous et des monticules de terre. Cent mille personnes sous terre, là... Je suis frappé par l'herbe d'un vert phosphorescent qui recouvre ces morts. Me vient Le Dormeur du val de Rimbaud, je ne saurais dire pourquoi. Cette herbe est irréelle. Je retourne à la baraque et je lis des comptes rendus. On débarque ici, on creuse, on se déshabille, ensuite la fusillade et on rebouche. A plusieurs reprises, on évoque l'allé simple à Panerai et la question de la gare ce matin me revient Voulez-vous le billet de retour ?...
18:35 Publié dans Journal + photos Pays Baltes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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