mardi, 22 avril 2003

4. Les ampoules

A Valdivia, j'habite dans une maison au charme particulier. En effet, elle a subit le plus puissant tremblement de terre jamais enregistré sur la planète, il y a 40 ans. Depuis, le sol penche vertigineusement à certains endroits, les murs sont obliques. Le bois a pris des formes inattendues et les angles droits ont disparu. Néanmoins, les habitants du lieu se sont habitués à sa difformité.

Sur les quatre lampes de ma chambre, il n'y en n'a qu'une qui fonctionne. Je le signale mais je me heurte à la logique des ampoules, logique aussi biscornue que cette maison. En effet, on m'explique que l'on ne change pas une ampoule tant qu'une autre fonctionne dans la même pièce. D'autre part, lorsque toutes les ampoules d'une même pièce ont sauté, on en prend une autre ailleurs. A l'origine, j'avais besoin d'une ampoule pour ma lampe de chevet et le plus sérieusement du monde, l'on me répond de prendre celle du plafonnier... Bon...

Le soir même, c'est l'anniversaire d'une tante qui habite la maison et je suis invité. Un petit cadeau s'impose, mais quoi offrir ? Des fleurs ?... Me vient alors une idée... Mon cadeau sera... des ampoules, vingt quatre très exactement, parce que, empilées dans leur petite boite, cela fait un beau cube qui pourra être emballé dans du papier cadeau. Au magasin, je ne me fais pas comprendre en demandant un emballage cadeau pour mes ampoules... J'achète donc du papier et les emballe moi-même. Le cadeau est effectivement inattendu... mais produit un certain effet. On rit et tout monde se met à changer les ampoules défectueuses. La maison est à présent toute éclairée et la vieille tante à qui j'ai offert ce présent incongru me dit Tu apportes la lumière dans la maison...
Toutefois, la maison paraissait bien plus biscornue, bancale, tordue, profonde et étrange lorsqu'elle n'était éclairée que par quelques ampoules... Et cela ne m'étonnerait pas si après mon départ, on les enlevait pour goûter la pénombre comme ça l'était avant...

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